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Sports amateurs

DOSSIER | Les étudiants-athlètes croulent sous la pression du «body shaming»

En cette ère de représentation narcissique sur les réseaux sociaux et la quête du corps parfait idéalisé trop souvent à tort, l’Université Laval a publié une statistique alarmante en 2021 : plus d’une étudiante-athlète sur deux et plus d’un étudiant-athlète sur trois (38,3 %) est préoccupé par son apparence ou son poids.

Il s’agit d’un obstacle majeur dans le quotidien des sportifs, qui entraînent leur physique et leur mental à performer à de hauts niveaux.

L’organisme ÉquiLibre vient de lancer une ressource pour sensibiliser les athlètes et les entraîneurs avec Corps et Sport, une nouvelle boîte à outils numérique gratuite pour favoriser une relation positive avec le corps, l’alimentation et le sport chez les jeunes de 12 ans et plus.

L’ex-skieuse paralympique Frédérique Turgeon est ambassadrice de la campagne, elle dont le parcours inspire une vision du sport basée sur l’unicité et l’inclusion. Elle est épaulée par la nutritionniste sport et performance Alexia de Macar pour sensibiliser le milieu face aux enjeux liés à l’image corporelle.

Voyez l’entrevue en vidéo principale, ci-dessus.

Elles ont discuté avec LPS de la mission importante qu’elles mènent pour briser les mythes sociaux qui causent la détresse que vivent plusieurs étudiant.es-athlètes.

LPS : L’environnement olympique et paralympique, avec tous ces égos qui arrivent gonflés à bloc, qui veulent performer, bouleverse certaines personnes qui pensent d’abord à leur corps et à quoi elles auront l’air. Quand les caméras sont braquées sur elles et que les spectateurs les regardent dans le monde entier, est-ce que ça touche plus de monde qu’on ne le pense?

F.T. : Certainement. Moi, je pense que c’est un réel enjeu avec lequel moi-même j’ai vécu. En tant qu’athlète, on y pense et c’est malheureux parce que je pense qu’on ne pourra jamais changer ça. Ce qu’on peut changer, certainement, c’est l’approche qu’on peut avoir avec nos coachs, puis de la façon qu’eux ils peuvent peut-être changer ce regard-là, et le transformer en quelque chose de positif. Pour ma part, j’ai quand même été bien entourée, puis j’aimerais justement que tout le monde soit bien entouré, que les coachs soient bien éduqués.

Moi, je me suis comparée souvent à d’autres filles dans mon sport, disant comme « Ah, ben, ma jambe, elle devrait être plus massive, plus volumineuse parce que telle a l’air de ça et, donc, j’aimerais avoir de l’air de ça. J’étais quand même déçue parce que, peu importe le temps que je mettais au gym, ma jambe n’était pas le triple de son volume. J’en avais parlé à une de mes coaches, puis elle m’avait vraiment répondu très sincèrement «Ça ne sera jamais toi, parce que ta génétique fait en sorte que tu n’auras jamais la même jambe que cette personne-là».

LPS : Est-ce que c’est surtout vrai pour les athlètes de haut niveau qui performent? C’est sur la scène internationale où c’est vraiment même on peut le réduire à des sports de tous les jours?

A.d.M. : Contrairement à la croyance populaire, il fut un temps où on mettait beaucoup les athlètes de sports accro-artistiques ou technico-artistiques dans le bateau en disant «Ah… c’est sûr, c’est le patinage artistique, c’est la gym, c’est la natation artistique, ça ne touche pas les autres athlètes». Même quand on regarde dans la littérature scientifique, on s’est beaucoup concentrés vers ces sports-là.

Moi, en pratique, je voyais vraiment que ça touchait tous les sports. Donc, peu importe le type de sport, même en football, en hockey, la préoccupation corporelle, oui, elle touche plus l’athlète féminine que l’athlète masculin, mais elle touche en fait les deux. Dans les facteurs de risque les plus importants, c’est sûr que plus on atteint un niveau élevé, c’est sûr qu’il y a une plus grande pression de performance, une plus grande pression de tout optimiser. Donc, évidemment, le corps passe par là aussi.

LPS : Est-ce que les réseaux sociaux et ce qui est véhiculé, tant les messages que les vidéos, toute la distorsion que ça peut provoquer et qui peut jouer dans la tête d’une athlète qui est déjà fragile, est-ce que ç’a un impact direct sur ces conséquences-là?

F.T. : Certainement, tu sais, moi je pense qu’encore une fois, pour l’avoir vécu, un commentaire qui est porté sur mon corps, qu’il soit négatif ou pas. J’ai eu des bons commentaires, mais après, ce bon commentaire-là va se transformer en «Ah, OK, mais là, il y a des gens qui regardent mon corps. Ah, puis là, est-ce qu’aujourd’hui, mon corps est correct? Est-ce qu’ils vont le trouver beau?». Je me questionne vraiment beaucoup. C’est tellement une pression qui n’est pas nécessaire, donc ma grande recommandation, honnêtement, c’est de limiter les messages que l’on porte sur le corps.

LPS : Ce ne sont pas des pieds de céleri s’ils se rendent sur la scène olympique ou paralympique. Ce sont des athlètes qui ont travaillé, qui se sont qualifiés, qui ont tout fait ce qu’ils devaient faire pour se rendre là. La nutrition, le travail, l’entraînement… comment faire abstraction de ces conséquences-là?

A.d.M. : C’est quoi un corps idéal? C’est tellement, tellement subjectif dans le fond aussi. Chaque personne peut avoir une définition différente de ce qu’est un corps idéal, puis pour chacun des sports aussi. Et on parlait de comparaison, on parlait de réseaux sociaux, honnêtement. C’est ce qui va le plus amplifier les préoccupations d’un athlète, c’est la comparaison. La comparaison peut être envers lui-même, elle-même, mais envers les autres, envers les réseaux sociaux.

C’est une des premières choses qu’on fait. Quand on travaille avec un athlète, il y a des préoccupations envers son corps, envers sa nutrition. On va venir faire le ménage, c’est des réseaux sociaux. Puis on va essayer de trouver aussi des modèles d’athlètes qui correspondent à son type de corps, à ses valeurs. Pour que justement on puisse venir minimiser l’impact négatif de tout ça.

LPS : Sur le plan des performances, Frédérique, est-ce que tu as eu toi à composer avec des situations où tu t’es carrément remise en question parce que, justement, toutes ces pressions sociales-là en ce qui a trait au corps idéal se manifestaient? 

F.T. : Je dirais oui, d’une façon ou d’une autre, parce que j’ai fait des diètes ultra sévères, ultra calculées ou qui ont bien fonctionné techniquement. Parce que selon la science de mon sport et selon les calculs que l’on fait, j’étais à mon meilleur physiquement, mais encore là, c’est quoi le meilleur physiquement? On peut tellement questionner ça, mais sur papier et scientifiquement, on m’a dit que j’étais à mon meilleur, puis ça a été loin d’être ma meilleure saison sur neige. La seconde que je me suis mise à remanger avec du plaisir et non pas d’une manière hyper calculée puis stricte. Justement, j’ai retrouvé ce plaisir-là. J’ai vraiment plus aimé mon sport et les résultats sont venus avec. Donc, des fois, quand on est dans un environnement justement où on se met cette pression-là, à devoir changer, à suivre quelque chose qui finalement n’est pas tant nécessaire.

LPS : Avez-vous avez déjà côtoyé des personnes qui étaient devenues si fragiles que la conséquence était de carrément tout abandonner ou sinon une dégradation du niveau de performance?

A.d.M. : Je vois malheureusement ces cas-là au quotidien. Puis, souvent, on va dire que malheureusement, on a d’excellents athlètes qui vont prendre une retraite hâtive. Dans le sport à cause de préoccupations. Parce que les préoccupations, c’est ça : ça joue au Pac-Man. Si on les nourrit et on les entretient, ça va manger toutes les sphères de vie, donc la performance. C’est sûr, malheureusement, que j’en côtoie, j’en ai côtoyé énormément.

F.T. : Énormément.: Certainement, tu sais, moi je pense qu’encore une fois, pour l’avoir vécu, un commentaire qui est porté sur mon corps, qu’il soit négatif ou pas. J’ai eu des bons commentaires, mais après, ce bon commentaire-là va se transformer en « Ah, OK, mais là, il y a des gens qui regardent mon corps? Ah, puis là, est-ce qu’aujourd’hui, mon corps est correct? Est-ce qu’ils vont le trouver beau »? Je me questionne vraiment beaucoup. C’est tellement une pression qui n’est pas nécessaire, donc ma grande recommandation, honnêtement, c’est de limiter les messages que l’on porte sur le corps.

LPS : Ce ne sont pas des pieds de céleri s’ils se rendent sur la scène olympique ou paralympique. Ce sont des gens qui ont travaillé, qui se sont qualifiés, qui ont tout fait ce qu’ils devaient faire pour se rendre là. La nutrition, le travail, l’entraînement… comment faire abstraction de ces conséquences-là?

A.d.M. : C’est quoi un corps idéal? C’est tellement, tellement subjectif dans le fond aussi. Chaque personne peut avoir une définition différente de ce qu’est un corps idéal, puis pour chacun des sports aussi. Et on parlait de comparaison, on parlait de réseaux sociaux, honnêtement. C’est ce qui va le plus amplifier les préoccupations d’un athlète, c’est la comparaison. La comparaison peut être envers lui-même, elle-même, mais envers les autres, envers les réseaux sociaux.

C’est une des premières choses qu’on fait. Quand on travaille avec un athlète, il y a des préoccupations envers son corps, envers sa nutrition. On va venir faire le ménage, c’est des réseaux sociaux. Puis on va essayer de trouver aussi des modèles d’athlètes qui correspondent à son type de corps, à ses valeurs. Pour que justement on puisse venir minimiser l’impact négatif de tout ça.

LPS : Sur le plan des performances, Frédérique, est-ce que tu as eu toi à composer avec des situations où tu t’es carrément remise en question parce que, justement, toutes ces pressions sociales-là en ce qui a trait au corps idéal se manifestaient? 

F.T. : Je dirais oui, d’une façon ou d’une autre, parce que j’ai fait des diètes ultra sévères, ultra calculées ou qui ont bien fonctionné techniquement. Parce que selon la science de mon sport et selon les calculs que l’on fait, j’étais à mon meilleur physiquement, mais encore là, c’est quoi le meilleur physiquement? On peut tellement questionner ça, mais sur papier et scientifiquement, on m’a dit que j’étais à mon meilleur, puis ça a été loin d’être ma meilleure saison sur neige. La seconde que je me suis mise à remanger avec du plaisir et non pas d’une manière hyper calculée puis stricte. Justement, j’ai retrouvé ce plaisir-là. J’ai vraiment plus aimé mon sport et les résultats sont venus avec. Donc, des fois, quand on est dans un environnement justement où on se met cette pression-là, à devoir changer, à suivre quelque chose qui finalement n’est pas tant nécessaire.

LPS : Avez-vous avez déjà côtoyé des personnes qui étaient devenues si fragiles que la conséquence était de carrément tout abandonner ou sinon une dégradation du niveau de performance?

A.d.M. : Je vois malheureusement ces cas-là au quotidien. Puis, souvent, on va dire que malheureusement, on a d’excellents athlètes qui vont prendre une retraite hâtive. Dans le sport à cause de préoccupations. Parce que les préoccupations, c’est ça : ça joue au Pac-Man. Si on les nourrit et on les entretient, ça va manger toutes les sphères de vie, donc la performance. C’est sûr, malheureusement, que j’en côtoie, j’en ai côtoyé énormément. Énormément.

Cet article a été publié dans les éditions de Villeray-Parc-Ex-La-Petite-Patrie et du Plateau-Mont-Royal/Outremont du 9 mars.

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