Depuis son embauche au poste de directeur général des Canadiens de Montréal en janvier 2022, Kent Hughes a démontré une tendance qui le distingue de plusieurs de ses homologues dans la LNH.
Lorsque vient le temps du repêchage, il ne considère pas nécessairement les choix comme des actifs à conserver. Il les utilise plutôt comme une monnaie d’échange pour acquérir des joueurs plus avancés dans leur développement.
À l’approche du repêchage 2026, cette réalité soulève une question bien légitime : le 28e choix du Canadien est-il réellement destiné à être utilisé à Buffalo?
L’historique récent incite à la prudence.
2022 : le pari Kirby Dach
Le premier repêchage de Kent Hughes comme directeur général demeure probablement le plus marquant.
Après avoir sélectionné Juraj Slafkovsky au premier rang, le Canadien a échangé Alexander Romanov et le 98e choix aux Islanders de New York afin d’obtenir la 13e sélection au total. Quelques minutes plus tard, ce même choix ainsi que le 66e rang étaient envoyés aux Blackhawks de Chicago en retour de Kirby Dach.
À l’époque, la transaction divisait les observateurs.
Romanov était apprécié à Montréal et Dach sortait de trois saisons inégales à Chicago. Hughes voyait toutefois autre chose : un ancien troisième choix au total âgé de seulement 21 ans dont la courbe de développement n’était pas terminée.
Plus important encore, il venait d’acquérir un joueur qui avait déjà disputé plus de 150 matchs dans la LNH.
2023 : le même principe avec Alex Newhook
Un an plus tard, Hughes a répété sensiblement le même exercice.
Le Canadien a envoyé les 31e et 37e choix du repêchage 2023 ainsi que le défenseur Gianni Fairbrother à l’Avalanche du Colorado afin d’obtenir Alex Newhook.
Encore une fois, Montréal misait sur un jeune joueur déjà établi dans la LNH plutôt que sur l’incertitude associée à deux espoirs.
Newhook n’avait alors que 22 ans et possédait déjà une bague de la Coupe Stanley ainsi qu’une expérience acquise au sein d’une organisation aspirante.
Le parallèle avec Dach était difficile à ignorer.
Dans les deux cas, Hughes avait identifié un ancien choix de première ronde dont la valeur marchande semblait inférieure au potentiel projeté.
2024 : l’échange oublié
Contrairement aux années précédentes, le Canadien n’a pas transformé son choix de premier tour en joueur établi lors du repêchage 2024.
Hughes a toutefois démontré qu’il demeurait actif sur le marché des transactions en échangeant les 26e, 57e et 198e choix aux Kings de Los Angeles afin d’avancer au 21e rang.
Cette transaction lui a permis de mettre le grappin sur le prodigieux Michael Hage, un des espoirs les plus scrutés et les prometteurs de sa cuvée.
Cette manoeuvre révélait un autre aspect de sa philosophie : lorsqu’un joueur ciblé se trouve à portée de main, les choix de repêchage deviennent rapidement négociables.
Une tendance se dessine
Lorsqu’on observe ces trois repêchages dans leur ensemble, un constat émerge : Kent Hughes échange des choix contre du temps.
Le DG montréalais semble accorder davantage de valeur à la certitude qu’au potentiel théorique. Cette approche est aussi curieuse que brillante.
Le repêchage ne constituant en rien une science exacte, aucun jeune joueur n’offre de garantie. Dach et Newhook en sont de bons exemples. Leur développement n’a pas toujours suivi une ligne droite et, dans le cas du deuxième, on parle de la plus récente campagne comme celle de son éclosion : même s’il n’a disputé que 42 matchs, ses 25 points représentent une cadence de 42 points (0,595 point par match) sur une base de 82 matchs et sa récolte de 13 filets, une de 25 buts dans une saison entière.
Il n’est pas fou de supposer que le CH avait dans son effectif un cinquième marqueur de 20 buts s’il n’avait pas été blessé. De plus, le Terre-Neuvien a enfilé sept buts en 19 rencontres des séries, un sommet chez le Tricolore.
Bref, Hughes a systématiquement préféré acquérir des joueurs de 21 ou 22 ans ayant déjà franchi plusieurs étapes de développement plutôt que d’attendre cinq ans pour savoir ce qu’un espoir pourrait devenir.
La stratégie est payante dans le cas de Newhook et elle l’a été cette année après l’acquisition du défenseur Noah Dobson contre deux choix de premier tour (et Emil Heineman) l’an dernier.
Que signifie cette tendance pour le 28e choix?
À Buffalo, le Canadien détient actuellement le 28e choix du premier tour.
Si l’on se fie aux antécédents de Hughes, il serait imprudent d’écarter la possibilité d’une transaction.
L’organisation possède aujourd’hui un noyau jeune composé notamment de Nick Suzuki, Cole Caufield, Juraj Slafkovsky, Ivan Demidov, Lane Hutson et Kaiden Guhle. La reconstruction est beaucoup plus avancée qu’elle ne l’était en 2022.
Dans ce contexte, un choix de fin de premier tour pourrait représenter un actif particulièrement intéressant pour une équipe cherchant à obtenir de l’aide plus immédiate.
Cela ne signifie pas que le Canadien échangera son choix.
Cela signifie simplement que l’historique de Kent Hughes nous enseigne une chose : lorsque le repêchage arrive, il est souvent plus enclin à transformer un choix en joueur qu’à attendre plusieurs années pour en connaître la valeur réelle.
Et jusqu’à maintenant, cette philosophie a largement contribué à accélérer la progression de l’organisation.