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ENTREVUE | L’espoir des Canadiens Bryce Pickford veut «faire payer» les autres équipes

L’espoir des Canadiens de Montréal n’a pas trouvé preneur à sa première année d’amissibilité au repêchage de la LNH.

Les Canadiens de Montréal se dotent d’un riche pipeline à travers lequel ses espoirs de talent s’illustrent des deux côtés de l’Atlantique. Si les partisans salivent à l’idée de voir Alexander Zharovsky étourdir les joueurs adverses, ils apprécieront bientôt un jeune défenseur qui brûle la Ligue de l’Ouest.

Choix de troisième tour l’été dernier, Bryce Pickford coche toutes les cases : le défenseur droitier de 6 pi 1 po et 186 lb est robuste, agile, mobile et, surtout, il marque des buts à la tonne.

À sa dernière année de junior, l’arrière de Tigers de Medicine Hat est le meilleur buteur de la WHL parmi les joueurs à sa position et il vient de franchir le cap des 40 buts. S’il transporte sa hargne, son bagage offensif et son arrogance dans les rangs professionnels – possiblement dès cette année à Laval – le jeune homme de 19 ans deviendra un favori de la foule assez rapidement… pour ne pas dire une vedette.

Pickford a déjà eu un avant-goût de ce qui l’attend, puisqu’il a participé au camp des recrues du CH l’été dernier.

«Ce camp était incroyable, s’est exclamé l’athlète dans un entretien récent avec La Page Sportive. Rien qu’à regarder autour et voir les partisans dans les gradins, c’était un moment assez fou. Je crois que c’était là (que j’ai compris) que, ce que je voulais le plus, c’était de jouer devant les partisans montréalais.

«Je n’ai jamais vu ça. Je pense que ç’a été une énorme source de motivation pour moi et je savais que j’étais capable (de me pousser). Je savais ce que je devais faire cette année, et je savais que je devais réaliser de grosses performances pour progresser et me donner les meilleures chances pour l’année prochaine.

«Alors je pense que je voulais juste me concentrer, travailler davantage en gymnase et sur la glace, puis essayer d’aider l’équipe. Et ça a aussi contribué à mon propre succès.»

Ce balbutiement dans l’entourage d’une organisation professionnelle est encore frais dans l’esprit de Pickford. Il sait quels aspects de son jeu il doit améliorer et même si une blessure à une épaule l’a contraint à rater un mois d’action, il n’a rien perdu de son flegme à son retour au jeu à la fin février.

«Oui, je pense que ç’a été déterminant. Ça m’a beaucoup motivé. Être dans cet environnement, par exemple, avec toute cette nourriture, le chef, le personnel, tout ça, c’est d’un autre niveau. On est assis là et on se dit ‘Wow!’ dès les premières secondes. Je pense que c’est une grande source de motivation pour moi, parce que je veux vraiment réussir.»

En ce qui a trait au progrès, le Tricolore voulait qu’il améliore son coup de patin, voire son explosion. Il se targue de s’être entraîné fort pour y parvenir et dissiper tout doute que la direction pourrait soulever à son égard.

«Je pense que ma plus grande amélioration cette année est probablement ma vitesse. J’ai vraiment fait un grand pas en avant. L’année dernière, je ne laissais pas vraiment transparaître ma vitesse. Cette année, je me suis dit ’je veux montrer cette facette de moi que je n’ai pas montrée depuis longtemps’. Et encore une fois, j’ai franchi le pas et j’ai fait confiance à mes capacités.»

Le travail en gymnase y est pour beaucoup, mais il a aussi suivi le programme de patin intensif que son paternel a conçu. Un site web sera bientôt lancé pour consultation. L’aspect mental n’est pas à négliger non plus, dit-il.

«Probablement que 50 % était une question de mental, de confiance en moi. Je pense que c’est un aspect fondamental du patinage. L’autre aspect, c’est que j’ai suivi le programme de patinage de mon père toute ma vie. Et ça a été incroyable pour moi. Je fais ça depuis que je suis tout petit et je continue encore aujourd’hui, estime celui qui discute souvent de ses progrès avec Rob Ramage.

«Je suis assez fier de mon entraînement hors glace. Je pense que c’est ce qui fait la différence pour beaucoup de joueurs, surtout en séries éliminatoires. Les joueurs de hockey endurent beaucoup de douleurs, alors je tiens à maintenir le mien dans la meilleure forme possible.»

Question de vie ou de mort avant le repêchage

Rien ne laissait croire à Pickford que les dirigeants du Club de hockey Canadien allaient prononcer son nom à l’encan amateur. Il se se rappelle, en s’esclaffant, d’une visioconférence avec l’état-major, qui lui a imposé un questionnaire contenant des mises en situation des plus poussées.

Parmi elles, une question de vie ou de mort. Littéralement.

«Ils m’ont demandé ‘Imagine que tu es enrôlé avec les Marines, ou sous l’eau, et que ton camarade est coincé entre toi et l’ennemi. Tu dois lâcher une bombe pour éliminer l’ennemi(…). Tu vas tuer ton camarade ou tu ne tues pas (l’ennemi) et tu sauves ton camarade’? J’ai répondu : ‘Dans cette situation-là, je ne pense pas que ma vie soit plus importante que celle de mon camarade et de mon frère. Je pense que je l »aurais sauvé’.

«Ils m’ont un peu chicané pour ça, et j’ai dit : ‘Ma vie n’est pas plus importante que la sienne, alors je ne vais pas la lui prendre’. Voilà, en gros, ce que j’ai dit. Je pense que c’était surtout un test. Mais, oui,… Ils me testaient un peu. C’est marrant d’y repenser.»

Un Alex Burrows de la ligne bleue

L’entraîneur-chef des Tigers Willie Desjardins n’hésite pas à vanter les mérites de son vétéran. N’eut été de sa blessure, il aurait pu atteindre un plateau spectaculaire dans la WHL, selon ses dires.

«S’il était resté en santé, il aurait marqué 50 buts, c’est certain. Et ça… je ne sais pas si c’est quand la dernière fois que c’est arrivé dans la Ligue de l’Ouest. C’est vraiment impressionnant.

«Il est physique. Il se battra avec acharnement contre n’importe qui. Vous savez, souvent, quand on sort des rangs juniors, physiquement, on n’est tout simplement pas prêt pour le niveau professionnel.

«La Ligue américaine, par exemple, est une ligue très exigeante. Et physiquement, parfois, les joueurs ne sont pas assez développés. Pickford, lui, l’est. Il est prêt à jouer un jeu physique à n’importe quel niveau.»

Celui qui a gagné la coupe Calder avec les Stars du Texas – club école des Stars – en 2014 avant de se voir offrir le poste de pilote des Canucks de Vancouver est catégorique : atteindre le premier rang de la section serait quasi impossible sans Pickford dans sa formation.

«Honnêtement, une grande partie du succès revient à Pickford. C’est un véritable moteur pour nous.»

Les Tigers ont gagné la finale de la WHL au printemps dernier, mais ils ont perdu plusieurs morceaux importants au profit d’institutions américaines, dont Gavin McKenna, joueur junior d’élite pressenti comme étant le premier choix au total au prochain repêchage de la LNH.

«Vous savez, nous avons perdu McKenna, (Cayden) Lindstrom et (Ryder) Ritchie et (Oasiz Wiesblatt). C’est beaucoup de vétérans à perdre dans une formation. Donc, nous ne nous attendions probablement pas à être au stade où nous en sommes», confie Desjardins, dont l’équipe vise le premier rang de la ligue, contre toute attente.

Les Tigers possèdent d’ailleurs cinq patineurs nord-américains identifiés sur le plus récent classement de la centrale de recrutement en vue du prochain repêchage amateur de la LNH.

En ce qui est de Pickford, Desjardins le dit physiquement prêt pour les rangs professionnels. Il le compare d’ailleurs à un attaquant québécois qu’il a dirigé à Vancouver.

«Il est assez spécial, dit Desjardins. Le gars qui me rappelle un peu Alex Burrows. ‘Burrs’ était un joueur si incroyable, il avait tellement de caractère et un amour du jeu. Il aimait juste jouer. Il ne tenait rien pour acquis. Et vraiment, vraiment un joueur spécial.

«Pickford a un peu de cela en lui. Ils ne sont pas le même type de joueur, mais en termes d’attitude, ce sont tous les deux des coéquipiers incroyables. Alors, certaines de ces choses me rappellent ça. Il a un bon tir. Vous savez, je ne peux pas dire que Burrows avait un bon tir, par contre. Je ne vais pas lui donner ça, mais il avait beaucoup d’autres choses qui étaient super!»

Desjardins apprécie le talent offensif de Pickford, mais il parle avant tout d’un coéquipier modèle qui aide à bâtir la culture des Tigers. Il est le premier et dernier sur la glace à l’entraînement. Une éthique qui plait aux entraîneurs.

«Il a manqué quelques matchs. Il est revenu d’une blessure et je pense qu’il a eu 15 mises en échec lors à son premier match. Il ne se protège vraiment pas chaque fois qu’il joue. Il y va à fond. Il est juste ce type de gars.

«Il est super compétitif, mais probablement sa meilleure qualité – même par rapport à toutes ses capacités offensives et tout ce qu’il fait – c’est à quel point il défend ses coéquipiers et les soutient. Il est vraiment un bon joueur d’équipe. Il apporte beaucoup d’énergie.»

Être ignoré au repêchage : source de motivation

Le partenaire de Pickford à la ligne bleue, Jordan Woo, n’a pas été repêché à sa première année d’admissibilité. Desjardins, dont les racines francophones proviennent de Saint-Jérôme, croit qu’une équipe de la LNH lui donnera une chance. Son cumulatif de point est le seul de la ligue supérieur à celui de l’espoir du Tricolore : Jordan Woo.

«Beaucoup de recruteurs recherchent maintenant des défenseurs plus imposants, mais il possède un talent fou. Et il est vraiment combatif. Je suis sûr que quelqu’un va s’intéresser à lui, prédit-il.

«Lui et Pickford forment un duo redoutable. Ils nous ont permis de créer de nombreuses occasions offensives.»

«C’est comme un frère pour moi, et je l’adore, affirme Pickford. C’est un vrai plaisir de le regarder jouer. Il fait tellement de choses incroyables et il crée tellement d’occasions en attaque. Il pourrait être sur la glace pendant cinq minutes et être aussi rapide, même plus rapide, que n’importe qui d’autre. Son jeu est tout simplement incroyable.

«Toutes les équipes l’ont un peu ignoré. Je pense qu’elles le regrettent un peu maintenant, et il vient de leur prouver qu’elles avaient tort. C’est génial de le voir réussir, en tant qu’ami, et ça me rend vraiment très heureux. Et oui, je suis tellement fier de lui.»

Pickford parle en connaissance de cause, puisque le CH l’a repêché à sa deuxième année d’admissibilité.

«C’était un peu pareil pour moi. Je n’ai pas été sélectionné la première année. La deuxième année, j’y pensais encore, sans aucune rancune envers les autres équipes. Personne ne voulait de moi, alors je voulais les faire payer. J’ai tout fait pour y arriver. C’est le meilleur état d’esprit qu’on puisse avoir.»

Et qu’a-t-il fait lorsque l’état-major a prononcé son nom avec la 81e sélection au total ?

«J’étais à notre ferme, je regardais avec ma famille, et puis mon nom a été annoncé. J’étais super excité, il y avait plein d’émotions.

«Cinq minutes plus tard, je me suis dit : ‘Bon. Aussi bien aller sur la glace’. Alors j’y suis allé. J’étais sur la glace une trentaine de minutes après. Et je patinais avec mes frères. J’ai fermé l’interrupteur et je suis passé à autre chose!»

La patience a rapporté. Qui plus est, Pickford a paraphé son premier contrat professionnel de trois ans avec le Bleu-blanc-rouge en décembre dernier.

Cet article est paru dans les éditions LPS de Villeray-Parc-Extension et du Plateau-Mont-Royal-Outremont du 9 mars.

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