Mardi 14h30. Ian Laperrière marche d’un bout à l’autre de l’aéroport international John Glenn de Columbus. Les mètres parcourus se transforment en kilomètres.
«J’ai deux heures à écouler… j’ai fait une ‘niaiserie’ et je n’ai pas pu prendre mon vol vers Buffalo. Ça fait partie des choses que j’apprends encore dans le métier», raconte-t-il à La Page Sportive avec sa bonne humeur contagieuse.
Laperrière est depuis peu recruteur professionnel avec les Islanders de New York. Le Québécois refuse toutefois de parler d’une erreur de recrue (rookie mistake).
«Le sentiment de rookie, ça fait longtemps qu’il est parti! Je ne me suis jamais vraiment senti comme si je n’étais pas à ma place.
«Le hockey, c’est ma vie. J’ai évolué comme joueur, comme entraîneur et maintenant comme recruteur professionnel. Je n’ai pas peur. J’ai payé mes dus.»
Pas en froid avec Daniel Brière, mais…
Bien entendu, ce n’était pas un poste qu’il convoitait. Quelques mois plus tôt, l’ancien joueur de la Ligue nationale de hockey a été nommé conseiller spécial aux Flyers de Philadelphie après quatre saisons à la barre du club-école de Lehigh Valley.
Laperrière avait pourtant signifié au directeur général Daniel Brière qu’il souhaitait gravir les échelons comme entraîneur-chef. Il rêvait de prendre les rênes du grand club, surtout avec le joug de John Tortorella qui tirait à sa fin.
«Les Flyers ne m’ont pas mis dehors. Ils voulaient que je garde mes bénéfices. Je voulais encore travailler dans le hockey. Ils m’ont donné la permission de discuter avec d’autres équipes.
«Je veux encore (être entraîneur-chef), mais ça me garde impliqué. C’est un défi différent et ça me permet de vivre autre chose.
Laperrière dit ne pas être en froid avec Brière. Cela ne veut pas dire que les deux hommes vont se téléphoner pour faire un brin de causette.
«Disons qu’on ne s’est pas reparlé, admet-il. Mais Rick Tocchet est l’entraîneur parfait pour les Flyers. C’est leur choix. Ils ont le droit de choisir leur homme. Ils ont laissé aller tout le monde sauf un et c’est lui qui a eu mon job.»
«On développait des joueurs de la bonne façon. C’était une bonne année l’an passé malgré le talent qu’on avait. Cette année, tout le talent qu’on attendait est arrivé. Bref, j’aime Tocchet, il est un dieu à Philadelphie. Il est passionné et il connaît ça, le hockey.»
Joueur autonome trop tard
Le nom de Laperrière a commencé à circuler trop tard sur le marché des instructeurs disponibles. Selon nos sources, deux organisations dans l’Association de l’Ouest auraient discuté avec lui.
Si rien ne s’est matérialisé, il ne pouvait toutefois refuser l’offre de son ami, le DG Mathieu Darche, en passant par son adjoint Ryan Bowness.
Il épie maintenant huit équipes de l’Association de l’Est, dont les Flyers, et leurs huit clubs-écoles. Ce ne sont pas les rencontres qui manquent.
«Il m’a dit c’est parfait pour toi ce rôle-là. Tu vas te refamiliariser avec le hockey et le monde qui va t’aider à trouver ton prochain emploi comme coach, raconte-t-il tout en vantant les mérites du dirigeant qui occupe le poste de DG pour la première fois.
«Darche est super. Il a une énergie et une passion du hockey. Tu ne fais pas ce travail-là si tu n’as pas de passion. Pas où il en est rendu. Il est emballé par le défi et il va être le premier à dire qu’il a frappé un circuit avec le premier choix au total. Il a eu Matthew Schaeffer. C’est un excellent joueur et une bonne personne.»
Darche a aussi conclu une transaction avec les Canadiens de Montréal en envoyant le défenseur Noah Dobson contre deux choix de premier tour et l’attaquant Emil Heineman, qui s’intègre bien à Long Island.
«C’est une bonne transaction, juge Laperrière. Il a aussi prolongé le contrat de Kyle Palmieri. Il a des résultats. Avec Patrick (Roy) qui mène cette équipe-là, ils sont entre bonnes mains.
«Lappy», de son surnom, n’a que de bons mots à l’égard de l’entraîneur-chef québécois. Ils ont même cassé la croûte cet automne.
«Je l’ai vu au camp. On patine ensemble à Rosemère, mais je ne le connais pas. Il a pris de son temps pour me parler et m’offrir des conseils. Il était occupé avec ses joueurs, mais il a pris de son temps pour me conseiller et me jaser.»
Roy : comme Lafleur et Richard
Laperrière admet qu’il a toujours admiré Roy, lorsqu’il était un gardien étoile dans la LNH.
Je suis un gars de Montréal. J’ai joué contre lui. Reste que comme tous les Québécois… c’est Patrick Roy! C’est le Guy Lafleur de la génération avant moi. Quand il ne sera plus de ce monde, les gens vont le regarder de la même façon qu’ils admiraient Guy et Maurice.
«Pour moi, un p’tit cul de Rivière-des-Prairies, quand j’ai la chance de me faire conseiller par Patrick Roy pendant 40 minutes, j’apprécie.»
Parmi les points que Laperrière apprécie moins dans le milieu actuellement, c’est le temps qui file lentement. Bien qu’il apprécie converser avec ceux qui l’abordent à l’amphithéâtre, il a beaucoup plus de vides dans son agenda qu’il en avait lorsqu’il était derrière le banc.
«Hier matin, j’ai été m’entraîner à 11 heures. Après, tu attends à 18 heures pour aller au match. L’attente, c’est un ajustement. Quand tu diriges, tu parles aux thérapeutes, ou aux gérants si un de tes joueurs est malade.
«T’as tout le temps de quoi qui te gardes occupé, mais tu dors très bien. Quand t’es ‘coach’, tu ne dors pas tout le temps !»
Laperrière s’est toutefois habitué à vivre dans ses valises tout en voyageant d’un aéroport à l’autre pour vivre sa nouvelle aventure. Il réside toujours à Allentown, en Pennsylvanie.
«J’ai un job que j’aime. Je me fais encore payer par les Flyers, mais ça ne m’intéressait pas de rester chez nous. Ma femme non plus. Ça fait 35 ans qu’on est ensemble. Elle est habituée que je sois parti. Et elle était bien contente quand les Islanders m’ont appelé !»
Cet article a été publié dans les éditions de Verdun et d’Hochelaga-Maisonneuve du 24 novembre dernier.