Mario Pouliot éprouve une certaine fierté lorsqu’il épie les jeunes soldats qu’il a dirigés devenir des hommes dans la Ligue nationale de hockey.
Les exemples ne manquent pas pour le double gagnant de la Coupe Memorial – exploit réalisé deux ans de suite avec autant d’équipes, faut-il le rappeler.
Après un séjour à Sierre, en deuxième ligue suisse, l’instructeur québécois est de retour dans les rangs juniors depuis l’hiver dernier. Il dirige désormais les Generals d’Oshawa, dans la Ligue de l’Ontario, qui sont en reconstruction.
Puisqu’il a du pain sur la planche, il admet n’avoir vu qu’un seul match des Canadiens de Montréal, cette saison. Surtout que les Blue Jays de Toronto ont accaparé l’attention à peu près partout en Ontario cet automne.
«Je regarde un peu les faits saillants dans les nouvelles de sport. ‘Dobby’ forme un bon duo avec Mike Matheson, qui va bien. Je ne suis pas vraiment inquiet pour lui, prévient-il avec un optimisme sans équivoque à l’occasion d’un entretien téléphonique avec LPS.
«Quand les Canadiens ont conclu l’échange, je savais que c’était un bon ‘fit’ pour lui. Je suis content pour lui, parce qu’il semble très heureux. Les Canadiens vont bien. Ils ont une bonne équipe.»
Exécuter des jeux
Pouliot connaît bien Dobson. Il a accueilli le droitier lorsqu’il a entamé son stage junior avec le Titan d’Acadie-Bathurst, en 2016-2017.
Un an plus tard, l’équipe a soulevé la coupe Memorial. La saison suivante, Pouliot a parcouru plus de 1400 km pour diriger les Huskies de Rouyn-Noranda et Dobson s’est amené par le biais d’une transaction.
Avec la formation abitibienne, ils ont enlevé les honneurs une fois de plus.
Six ans plus tard, Dobson endosse le Bleu-blanc-rouge. Il bloque des tirs, possède une bonne première passe et joue pendant plus de 22 minutes par match. Il peut aussi déployer son lancer foudroyant pour faire scintiller a lumière rouge.
«C’est lui, ça. ‘Dobby’, c’est un gars qui aime faire des jeux avec la rondelle. La baie vitrée, ce n’est pas son option première. Il veut relayer sa première passe, analyse Pouliot.
«C’est un excellent patineur et il a besoin du moindre effort pour le démontrer. Le système des Canadiens lui va à merveille. Selon moi, il se sent de plus en plus confortable».
Selon Pouliot, Dobson voulait jouer sous les projecteurs à Montréal, car il se voyait cadrer avec le CH en dépit d’un marché massivement plus frénétique que celui qu’il a connu à Long Island.
«Quand tu changes ta façon de jouer, c’est plus compliqué. Montréal, c’est la meilleure chose qui pouvait lui arriver, laisse-t-il entendre.
«Il est super bon avec la rondelle. Il a une excellente première passe et il est bon en montée. Avec sa vision, il voit les ouvertures, ajoute-t-il. C’est un gars doué offensivement. Il va bien défendre avec ses pieds et son bâton aussi. Le style de jeu des Canadiens lui va comme un gant.»
Selon Pouliot, Dobson n’est pas le type de joueur qu’il faut brasser pour lui faire comprendre des notions. Il a beau évoluer à la position la plus difficile à maîtriser dans la LNH, il capte les messages tel un élève appliqué sur les bancs d’école.
«Il y a des règles»
La vidéo et la discussion. Voilà les méthodes idéales pour lui.
«Quand t’as un joueur comme Noah, il faut que tu le laisses aller. Il faut aussi que tu lui fasses comprendre qu’il y a des règles. Il faut avant tout que tu comprennes ce qui se passe dans sa tête. C’est un cérébral. Ce n’est pas ‘Go ! Go ! Go’ avec lui.
«Tout est calculé. Il veut que la sortie de zone se fasse en contrôle. Je lui ai déjà dit ‘ça ne peut pas toujours être tape-on-tape. Il faut que tu utilises parfois la baie vitrée ou la bande. Le but du jeu, c’est un contre un. Ça commence par une course ou une lutte. Et la meilleure défensive, c’est quand t’as la rondelle’.»
Pouliot se souvient que Dobson avait tenté un jeu risqué en finale de la Coupe Memorial. Il a dû lui expliquer que le jeu prudent prime sur celui qui peut mettre le match en péril : «on menait 4-2 et ç’avait mené en chance de marquer. Je lui ai dit ‘tu mets la rondelle en zone neutre, point final’».
Il n’en demeure pas moins qu’il savait que son protégé, avec plus de flexibilité, deviendrait un projet de premier plan dans la LNH.
«Pour appuyer l’attaque, son anticipation et son intelligence sont élitistes. Il patine comme le vent. En plus, c’est un droitier, Il aime avoir la rondelle. C’est comme ça que je l’ai toujours encadré.
«Tu lui parles, tu lui demandes ce qu’il a vu et tu lui dis ‘moi, j’ai vu ça. Où on se rejoint là-dedans?’.»
Cet article a été publié dans les éditions d’Hochelaga-Maisonneuve et de Verdun-Île-des-Soeurs-Ville-Émard du 24 novembre dernier.