L’Université Ohio State est en quelque sorte la piste de décollage de Jakub Dobes. Lorsqu’il a pris son envol dans l’USHL en 2020-2021, le Tchèque s’est joint à cette institution où le football de la NCAA est sacré dans le Midwest.
Cole Caufield et son frère, Brock, s’étaient déjà engagés auprès de cette école en 2014 avant de faire volte-face au profit de l’Université du Wisconsin.
«Évidemment, je connais très bien Cole Caulfield. Le monde est petit, n’est-ce pas?», a lancé l’entraîneur-chef Steve Rohlik à l’occasion d’un entretien avec LPS.
L’ancien coéquipier de Tony Granato et Mike Richter dans le Wisconsin regarde constamment les performances de Dobes en séries. Comme David Wilkie, il maintient un certain contact avec son ancien élève.
«C’est agréable de suivre Jakub et de discuter avec lui assez souvent par texto ou autre, admet-il. On voit bien qu’il prend confiance en lui, comme tout le monde, n’est-ce pas? Quand on a cette confiance, il faut avoir une forte confiance en soi.
«La confiance de l’équipe, je pense, est palpable. Et je crois que c’est probablement le plus important pour lui : être à l’aise, vous savez, avec lui-même et d’avoir une bonne compréhension de ses capacités. S’appuyer sur ses compétences, mais quand on est gardien de but et qu’on a confiance en soi, quelles que soient les circonstances, et qu’on sait qu’on peut jouer à ce niveau, je pense que c’est ce qui a fait toute la différence pour lui et le succès qu’il a connu cette année avec l’équipe.»
Au-delà des performances et des habiletés dans la NCAA, où son portier a vu le filet dans 35 et 40 rencontres, respectivement, entre 2022 et 2023, Rohlik a décelé un côté humain à Dobes lorsqu’il s’est joint aux Buckeyes. Une volonté de soulever ses coéquipiers.
L’exemple d’un gardien en pleurs après une défaite en prolongation au New Jersey en novembre est selon lui un rappel de ce trait de caractère.
«Ça démontre à quel point il est impliqué. C’est le meilleur coéquipier que l’on puisse imaginer. Il veut tout faire pour l’équipe. Et je pense qu’il le prend trop à cœur. C’est quelque chose qu’il faut vraiment apprendre, de lâcher prise, surtout pour un gardien. Il ne faut pas le prendre trop personnellement, car au final, les buts vont rentrer, mais c’est la réaction qui compte.
«Il y a des soirs où on n’est pas à son meilleur, mais il faut sortir du match avec la confiance de son éthique de travail, se ressaisir et être le meilleur possible au prochain départ.»

«UNE ARME À DEUX TRANCHANTS»
De surcroît, Rohlik a reconnu l’émotion débordante du jeune athlète lorsque les choses ne se déroulent pas comme il le voudrait.
«Parfois, on peut voir cette émotion le submerger. Et on l’a constaté ici à Ohio State. J’adore ça parce que, d’une part, ça montre à quel point il se soucie vraiment de l’équipe et qu’il veut donner le meilleur de lui-même. Mais c’est aussi une arme à deux tranchants : il faut savoir gérer ça et comprendre qu’on ne peut pas être parfait tous les soirs, de marteler l’ancien espoir des Penguins de Pittsburgh.
«Vous savez, il y a peut-être eu quelques matchs ici à Ohio State où l’équipe a peut-être très bien joué. Et parfois, oui, je suis le premier à vous le dire, il nous arrive d’encaisser 15 tirs, vous savez, et de très bien jouer, notamment en défense. Mais parfois, pour un gardien, quand on ne voit pas beaucoup de tirs. Par exemple quand on encaissait soudainement deux buts, qu’on était menés 2-1 alors qu’on a 30 tirs contre 15 pour l’adversaire, il le prenait mal et on voyait l’émotion monter en lui.
«Je pense que c’était une étape nécessaire à sa maturation.»
Comme à Omaha, où son entraîneur-chef l’a constamment encadré pour que sa confiance et sa résilience rebondissent, Rohlik a été témoin de plusieurs épisodes où l’émotion freinait l’élan de Dobes, même après une performance respectable.
«Je l’ai vu traverser ça à plusieurs reprises ici à Ohio State. On admire sa passion. On admire son attachement à l’équipe et son désir de réussir. Mais, encore une fois, c’est une étape de son processus de maturation, à mon avis. Passer d’un très bon gardien à un gardien d’élite. Se battre pour surmonter ces difficultés. Cela ne fait que quatre ans qu’il a terminé sa première saison à Ohio State, et il a remporté le titre de Gardien de but de l’année et celui de Co-Recrue de l’année. C’était en 2022.»
UNE ARMURE
Rohlik a notamment découvert Dobes avec les Lancers d’Omaha et il connaissait l’engouement l’entourant dans le AAA. Une facette de son jeu l’impressionnait d’emblée.
«À Omaha, il voyait énormément de tirs. Il en affrontait toujours beaucoup. Il a eu un très bon stage junior là-bas. Je crois qu’il a peut-être été sélectionné dans la deuxième équipe de l’USHL. On savait qu’on recrutait un gardien très talentueux, mais encore brut, qui n’avait cessé de progresser depuis le AAA.
«À son arrivée, notre approche a été de voir comment il se débrouillerait avec le gardien revenant. On s’est dit qu’on pourrait donner un match à chacun pour commencer la saison et observer les performances. Quand il a disputé son premier match, je crois que c’était le deuxième de la saison, une fois terminé, je me suis dit ‘je ne suis pas sûr qu’il ressortira du filet’.»
Que ce soit le mauvais de souvenir de perdre son filet, l’idée qu’un autre portier le supplante, voire décevoir l’organisation qui l’a repêché, Dobes s’est servi de la compétition pour aiguiser ses réflexes tel un chat.
«Son athlétisme, sa confiance, son assurance… tout était impressionnant, même dès le premier jour, et on l’a tout de suite remarqué. Il avait déjà été repêché deux ans auparavant. Quelqu’un avait donc déjà décelé son potentiel. À Omaha, il appartenait déjà à une équipe de la LNH. Pour un gardien aussi jeune, qui a quitté sa famille en République tchèque si jeune, c’est incroyable.»
BIEN ENCADRÉ
Dobes était au milieu de l’adolescence lorsqu’il a quitté son nid familial d’Ostrava pour tenter sa chance en Amérique du Nord. C’est un parcours fréquent pour les joueurs de soccer, mais moins commun au hockey.
Cet exil vers la terre promise a certainement permis au jeune homme de gagner en maturité tôt.
«Ça démontre de quoi ce jeune homme est capable, sa maturité et la façon dont il a géré la situation, croit Rohlik. Repasser ce parcours montre ce dont il est capable. Et encore une fois, ce n’est pas facile. Arriver à l’université et concilier les études et l’entraînement sur la glace… Et il a réussi. Et encore une fois, ce n’est pas comme s’il avait quitté sa famille à deux heures d’ici pour aller à l’université.
«Je le félicite, c’est un jeune homme très mature. Et encore une fois, je suis impatient de voir sa progression. Je crois qu’il n’a pas encore exploité tout son potentiel. Il a 24 ans. Il n’est pas encore à son apogée, mais il est certainement très prometteur, c’est certain.»
En dépit de la barrière linguistique à l’époque, Rohlik vante les mérites de l’Université Ohio State pour avoir encadré l’Européen, qui possède une majeure en administration des affaires internationales.
«Le connaissant en dehors de la glace, sa façon d’être, les difficultés qu’il a pu rencontrer, tout ça m’a marqué. Et je crois que c’est ce qui fait la force d’Ohio State : nos ressources. Nous avons obtenu d’excellents résultats avec les Européens. Beaucoup se posent évidemment la même question. Que ce soit des Tchèques, des Suédois, des Russes, la barrière de la langue et autres obstacles peuvent être un frein.
«Mais dans une université comme la nôtre, avec les ressources dont nous disposons pour accompagner ces jeunes hommes, notamment en dehors de la patinoire, et pour qu’ils soient parfaitement à l’aise sur le plan académique, lorsqu’ils arrivent sur la glace et dans nos installations, ils se concentrent à 100 % sur leur performance. Ce fut le cas pour Jakub.»
Rohlik est revenu un instant à son époque de joueur avec Granato et Richter. Une comparaison digne de mention lui vient en tête.
«Tony et Mike, deux personnes exceptionnelles, l’étaient encore plus comme personnes qu’en tant que joueurs. C’est ce qui me frappe chez Jakub. On le voit tous avec son masque, faisant des arrêts spectaculaires, son athlétisme et ses victoires. Il fait tout ça, mais sa façon d’être en dehors de la patinoire, ici et ailleurs, et le fait qu’il revienne chaque été, sa gratitude, sa générosité, sa présence à mes côtés, c’est ce qui les rend si spéciaux, a-t-il voulu préciser tout en partageant une anecdote.
«Juste après Noël à Montréal, Jakub était de passage à Columbus. Qu’est-ce qu’il fait? Il passe à l’hôtel pendant notre déjeuner d’équipe et salue les gars. Vous savez, ce lien, pour moi en tant qu’entraîneur, ce sont les relations humaines qui comptent le plus. On a la chance d’aider ces gars-là, de les faire progresser sur la glace et en dehors.
«J’essaie de les aider à devenir les meilleurs joueurs, mais aussi les meilleures personnes possibles. Les relations humaines sont primordiales pour moi. C’est important pour moi de rester en contact avec Jakob et de lui dire ‘ne t’inquiète pas pour hier soir. Continue comme ça! Il y aura des bons et des mauvais matchs’…»
Cet article a été publié dans l’édition de Rosemont du 19 mai 2026.
