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Baseball

Merci, Rodger

Je n’aime pas les eulogies. Je n’aime pas non plus les hommages superflus lorsqu’ils fusent sans cesse, quoique je les respecte. Je le fais ici, parce que Rodger Brulotte a été une figure marquante de ma tendre enfance jusqu’à la carrière que j’ai choisie et à laquelle je m’accrocherai à perpétuité.

J’écris cette pensée, car il s’agit de la seule façon que je puisse m’exprimer en ce triste vendredi.

Comme plusieurs, la voix de Rodger et de Jacques Doucet ont bercé mon enfance les soirs de matchs des Expos de Montréal. Avec mon grand-père et mon paternel, c’était un rendez-vous incontournable avant que la famille Loria ne saccage cette concession aimée de tout le Québec, voire du Nord-Est des États-Unis.

J’ai toujours aimé la prestance de Rodger. Et j’étais convaincu qu’un jour je la côtoierais de près.

Dans la vingtaine, alors que je rêvais de faire carrière en publicité ou en télé, un soir a changé ma vie. Un vendredi soir. Pas dans un match, pas dans un bar ou un restaurant, ni un voyage… mais bien dans mon salon.

J’ai téléphoné à Bonsoir les sportifs à CKAC pour discuter des Canadiens de Montréal. L’animateur, ce soir-là, n’était pas mon ancien collègue Ron Fournier, mais nul autre que Rodger. C’était en 2002. J’ai , en quelque part enfoui dans une boîte-mystère une cassette de cet échange diffusé sur la bande AM.

Rodge a discuté longuement avec moi du rendement du CH et j’ai insisté sur le fait que Mike Ribeiro deviendrait un excellent joueur dans la Ligue nationale de hockey, lorsqu’il atteindrait son potentiel. Rodger m’a écouté et il a accueilli chaleureusement le propos.

Six ans plus tard, j’ai frayé mon chemin pour travailler pour cette même station, qui m’a embauché comme rédacteur. L’une des premières personnes que j’ai eu le bonheur de croiser, c’est Rodger. Il me suivait dans l’entrée et il était intrigué par ma casquette bleue.

«C’est quelle équipe sur ta casquette, le grand?»

-Les Cubs de Chicago. C’est mon équipe dans la Nationale.

-Tu dois connaître ton baseball…

-Pas autant que toi!

Rodger a esquissé un sourire et c’était le début de quelque chose que je ne saurais décrire ce soir. Le descripteur et chroniqueur d’élite, qui a marqué mon enfance, souriait à l’issue d’un simple dialogue avec une recrue.

J’veux dire… clisse! Un géant de l’industrie, du haut de ses 5 pi 4 po qui me qualifie de «grand»? Ouf… Enchanté, Monsieur Brulotte, me dis-je dans mon for intérieur.

J’ai eu le privilège de travailler avec Rodger à TVA Sports pendant 14 ans. On parlait de balle, de hockey, de boxe… et parfois des choses simples de la vie.

Et surtout, comme tous les téléspectateurs, j’ai un le plaisir d’entendre les «SMOKE GETS IN YOUR EYES», «JOSE CAN YOU SEE», «RUSSELL, RUSSELL, RUSSELL», «TORO, TORO, TORO», «MONSIEUR LE JUGE», ou même «VLADIMIR, VLADIMIR, VLADIMIR», et combien d’autres cris en couleur lorsque des joueurs d’ici ou des vedettes des majeures claquaient la longue balle. Même la presse anglophone en était ébahie.

Rodger a diverti mes trois garçons lorsque nous nous rendions au salon de Ménick sur la rue Masson, dans Rosemont. Il m’a coaché dans des tournois caritatifs. Et il avait le don de se trouver dans TOUS les événements liés aux sports. Je n’ai jamais vu une personne avec autant d’influence dans le milieu à part Guy Lafleur ou Jean Béliveau.

Lorsque Gary Carter a rendu l’âme en 2012 et que TVA Sports s’est précipité en programmation spéciale, Rodger a refilé des numéros de plusieurs anciennes vedettes des Expos aux recherchistes : Andre Dawson, Tim Raines… il les abordait tous par leurs surnoms comme si le temps n’avait pas filé. C’était impressionnant.

Un jour, dans les années 2010, il m’a croisé à la cafétéria de TVA. Il avait eu vent d’une situation avec les Canadiens de Montréal de laquelle j’étais à l’affut, et que j’avais soulevée dans un point de presse. Il a cligné d’un oeil, me saluant d’une tape dans le dos.

«Tu vas t’en remettre de ta question, ‘babe’ (le surnom par lequel il m’abordait)…»

Ce n’est pas un secret pour celles et ceux qui me connaissent, je suis mélomane fanatique de vinyles – tous genres. Je me suis récemment procuré «Hunting High and Low», l’album phare du duo norvégien A-Ha.

La pièce The Sun Always Shines on TV joue en boucle entre mes oreilles depuis une semaine. Lorsque les joutes des Expos étaient diffusées à la télé francophone, voire celles des Geais bleus, le soleil, c’était Rodger.

Lorsque j’ai su qu’il a eu son diagnostique après s’être plaint de maux de dos, j’étais dans tous mes états. Je le suis encore plus ce soir, parce que 79 ans – comme mon propre paternel à 68 ans – c’est BEAUCOUP trop jeune.

Je n’ai pas la prétention d’avoir personnifié un ami proche de Rodger, contrairement à Ron – une solide amitié de 60 ans. Je n’étais possiblement qu’un simple collègue ou une personne avec laquelle il avait le sourire facile.

Qu’à cela ne tienne. Rodger a apaisé et détendu des moments de ma carrière au cours desquels le sentier était parsemé d’écueils.

La moindre des choses, pour moi, c’est de lui vouer ces quelques lignes tout en le remerciant du plus profond de mon être.

Mes condoléances à tous les proches. Et surtout… merci infiniment, Rodge.

Tu es peut-être parti, mais tu continues de réchauffer nos cœurs. Bonsoir.

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