La Côte d’Azur est reconnue pour ses plages, le cinéma et ses mondanités infinies. À Nice, où l’équipe de soccer monopolise l’attention médiatique sportive, les Aigles sont loin derrière dans les intérêts des amateurs de sport.
Le club a été fondé en 1969, mais l’aréna Jean Boutin accueille parmi les plus maigres foules en Ligue Magnus : 1200 spectateurs.
C’est justement ce que tentent de changer un tandem de Québécois : le directeur général Jean-François Dufour et son ami, le président Filip Bastos.
Si ces noms ne sonnent pas de cloche, c’est peut-être parce qu’Étienne Boulay est le plus connu parmi les actionnaires associés à l’achat de la concession niçoise, l’an dernier.
Il est passé 21h, heure locale, lorsque Dufour explique à l’auteur de ces lignes la mission culturelle que l’organisation entame.
«Personne ne connaît les Aigles à Nice, a-t-il énoncé. Plusieurs ne savent pas qu’il y un club. Nos infrastructures reçoivent 1000 personnes et on réussit à remplir l’aréna. Le club a plus de 50 ans et il y a de l’histoire ici. Tu récupères des gens qui ont la culture, des gens que l’on sait qu’on est capable d’attirer.»
Partisans recherchés
La stratégie passera inévitablement par des campagnes de marketing pour augmenter la visibilité de l’équipe d’un bout à l’autre de la région et même attirer ceux qui ne sont que de passage.
Les Aigles ne sont qu’au «haut niveau» de la Ligue Magnus depuis 10 ans.
«Notre défi, c’est de faire découvrir le hockey aux Niçois. Il y a beaucoup de touristes aussi. Il faut trouver une façon de communiquer avec eux pour leur dire ‘hey, il y a un match de hockey. On prend le ‘challenge’ à cœur.»
Une nouvelle patinoire verra le jour d’ici 2030. La capacité va augmenter de plusieurs milliers de sièges, ce qui laisse le temps à la magie d’opérer, comme ça s’est vu en LNH dans certains marchés risqués.
«On va passer de 1000 à presque 5000 places. Il va falloir remplir l’aréna. C’est aujourd’hui que ça commence. Il faut bien communiquer. En Californie, ils ont réussi. À Vegas également. Il n’y a pas de raisons pour lesquelles on ne pourrait pas y arriver ici.»
Dufour a passé 16 ans à Grenoble, d’abord comme joueur et ensuite comme gestionnaire. Les Brûleurs de Loups ont gagné la coupe avant que le Québécois ne s’installe à Nice.
C’est après des discussions avec Bastos, pendant que les Aigles étaient endettés, que l’idée d’en faire l’acquisition a germé.
«Je connaissais le marché, qui était un marché pauvre et un beau projet pour qu’on l’amène à un certain niveau, raconte-t-il. La première fois, on en parlait en rigolant. En mai 2024, il est venu à Nice rencontrer les propriétaires. En un mois et demi, on a décidé d’acheter le club.
«Après la saison, il m’a dit ‘t’as pas le choix de t’en venir avec moi!’.»
Une passion à raviver
Aux dires de Dufour, la culture du hockey est inégale en France. C’est que les générations des 20 à 30 dernières années s’y intéressaient davantage que la présente.
Les Cristobal Huet, Stéphane Da Costa, Tim Bozon et Alexandre Texier ne sont pas méconnus pour autant.
Lorsque les Canadiens de Montréal ont fait l’acquisition de Texier, le 23 novembre, les médias français ont couvert l’annonce.
«La ligue a diffusé un ou deux communiqués. Ça reste un petit marché en France, explique Dufour. La nouvelle a été publiée sur les sites de hockey sur glace. Dans chacun des articles, on lisait qu’il ‘rejoint l’équipe la plus prestigieuse au monde’.»
Ce fut aussi une discussion dans l’entourage des Aigles, puisque plusieurs Québécois y jouent. L’entraîneur-chef, Marc-André Lévesque, est originaire de Longueuil.
«On voulait construire autour de joueurs français qui croyaient en notre projet. Ça faisait partie de notre idéologie d’avoir des Québécois aussi. C’est important qu’ils puissent échanger avec nos partenaires et le public.
«On a misé sur eux et on a un bon noyau. Le groupe cohabite bien. Souvent, on parle de faire équipe moitié-moitié! On verra…»
Cet article a été publié dans les éditions d’Ahuntsic et de Rosemont du 1er décembre dernier.