Après un séjour en deuxième ligue suisse à Sierre, Mario Pouliot est de retour en terrain familier. Il ne dirige plus des hommes, mais bien de jeunes soldats.
L’instructeur en chef chevronné, le seul à remporter deux années de suite la Coupe Memorial avec autant de clubs dans la Ligue de hockey junior majeure du Québec, dirige les Generals d’Oshawa dans la Ligue de l’Ontario.
Alors qu’une possible retraite se dessinait, l’équipe a fait appel à ses services pendant les Fêtes l’an dernier à savoir si un poste d’adjoint pouvait lui convenir.
«À ce moment-là, je n’étais pas plus intéressé qu’il en fallait, a-t-il raconté lors d’un entretien récent avec La Page Sportive. Ils m’ont rappelé en fin d’année et je suis devenu entraîneur associé.
«L’année suivante, on allait se diriger vers une reconstruction et ils m’ont demandé si je voulais rester.»
Au cours des dernières années, Pouliot s’est promené entre la ligue junior de l’Alberta, la Suisse et maintenant, Oshawa. Difficile de sortir un entraîneur de son élément, surtout lorsqu’il a envie d’un nouveau défi et qu’il se sent désiré.
«Le propriétaire m’a offert de revenir. Et repartir à zéro, je l’avais déjà fait. Au début j’y pensais, mais ça s’est fait vite. C’est tout un défi, mais à Oshawa, les ressources sont disponibles et les installations sont incroyables. C’est professionnel. J’ai fait visiter à un de mes amis et il n’en revenait pas !», explique-t-il.
Patience et enseignement
Il reste que la reconstruction nécessite beaucoup de patience. Les victoires se font plus rares et l’enseignement est plus à l’avant-plan, surtout en raison d’un manque d’expérience.
La veille de l’entretien avec LPS, ses hommes ont obtenu 10 punitions, qui selon le pilote de Saint-Hyacinthe auraient pu être évitées. Ils vont rapidement apprendre que jouer pour Mario Pouliot ne comporte aucune demi-mesure.
«C’est difficile, parce qu’on a une jeune équipe. Nos joueurs en sont à leurs premiers pas dans l’OHL. J’ai un 20 ans de première année, mais il était en Colombie-Britannique (BCHL) avant nous. J’aime tout de même notre équipe et comment elle joue. Les jeunes travaillent fort. L’OHL est une ligue très relevée, je te dirais.
«Les joueurs n’abandonnent jamais. On n’a pas un calendrier facile. Quand tu te bas pour les séries, il n’y a pas un match facile. C’est quand même motivant de voir nos joueurs progresser.»
Les Generals ont perdu leur meilleur pointeur de la dernière campagne, Beckett Sennecke, troisième choix au total au repêchage en 2024 dans la LNH,qui a percé la formation des Ducks d’Anaheim. Leur deuxième meilleur buteur l’an dernier, Colby Barlow, joue avec le club-école des Jets de Winnipeg. Calum Ritchie, un rouage important de l’attaque en 2024-2025, joue sous les ordres de Patrick Roy avec les Islanders de New York.
Il y a aussi quelques déserteurs qui ont migré aux États-Unis. Bref, ça fait beaucoup de joueurs à remplacer. Un choix difficile s’imposait.
«On n’avait pas beaucoup de choix au repêchage, donc on a fait un super échange impliquant le capitaine Brent Danford et on a reçu neuf choix au repêchage. C’est positif. On a acquis un bon jeune attaquant aussi. On est rendu là.»
Ce noyau doit maintenant se construire autour d’Owen Griffin, choix de cinquième tour des Blue Jackets de Columbus l’été dernier et Brooks Rogowski, qui devrait légitimement trouver preneur au premier tour de l’encan de 2026. En défense, la tour chinoise Haoxi Wang, du haut de ses 6 pi 5 po, appartient aux Sharks de San Jose depuis le deuxième tour du dernier repêchage.
Les séries demeurent dans les plans
Malgré la jeunesse et le départ de plusieurs éléments importants, les attentes de la direction ne sont pas modestes pour autant. Le bal printanier demeure l’objectif.
«C’est toujours d’aller en séries. Ça n’a pas changé, parce qu’on les a toujours atteintes. Je pense qu’on peut le faire. On a joué contre des équipes de haut calibre, là on affronte des équipes de notre calibre. C’est de faire de notre mieux.
«Les attentes sont là. On le savait. Je parlais avec le directeur général et il me disait ‘notre équipe joue bien et on mériterait mieux’. Il faut contrôler ce qu’on peut contrôler.»
La psychologie joue un rôle important dans la façon de prodiguer les conseils et Pouliot en est très conscient. C’était la façon dont il dirigeait Noah Dobson à l’époque, avec ses équipes championnes à Bathurst (2018) et à Rouyn-Noranda (2019).
«On veut améliorer certaines choses. On parle beaucoup à nos joueurs, on veut les encadrer. On a des préparateurs physiques. On a une entraîneuse de power skating et un docteur en psychologie. Les ressources sont là. C’est très bon. Aucun doute. On apprend à la dure, admet-il.
«C’est comme ici, on est toujours dans les matchs, mais il faut trouver une façon de concrétiser la victoire. Notre avantage numérique doit être capable de marquer des buts. On veut du ‘momentum’.»
Le mandat de gagner lorsque l’on recommence à zéro n’offre rien de moins certain. Il reste que Pouliot a plusieurs tours dans son sac et son bagage d’expérience est très bien rempli. Il a eu un défi semblable à Bathurst avant de mener l’équipe à une conquête. En ce sens, il a le profil de l’emploi.
Lorsque ses joueurs ont écopé de 10 punitions la veille, l’adversaire a aussi marqué quatre buts. L’entraîneur de 62 ans a toutefois souligné qu’ils n’ont pas abandonné. Pas de demi-mesures.
«Ça fait partie des apprentissages. On regarde ce qu’on doit faire pour revirer la situation. Je suis déjà passé par là. J’ai beaucoup de respect pour nos joueurs.»
Ses jeunes soldats sont d’ailleurs sous la loupe à profusion. L’OHL est possiblement la ligue où les recruteurs amateurs et professionnels sont les plus visibles.
«Les dimanches soirs à 18h, c’est la place où il y a le plus de d’éclaireurs. En Ontario, quand t’es recruteur, tu peux aller voir un match l’après-midi et un autre le soir.»
Cet article est paru dans les éditions de Rosemont et d’Ahuntsic du 1er décembre dernier.