Juraj Slafkovsky n’a pas besoin de beaucoup de temps pour expliquer ce qui anime désormais le vestiaire des Canadiens de Montréal.
« Nous voulons des bagues, pas de l’argent. »
La déclaration, lancée lors du gala du Joueur slovaque de l’année, résume probablement mieux que n’importe quelle analyse l’état d’esprit du jeune noyau montréalais. Les contrats à long terme commencent à tomber. Les comptes bancaires sont assurés. La prochaine étape, elle, ne se mesure pas en millions.
Elle se mesure en coupes Stanley.
« Les joueurs qui sommes là, nous comprenons ce que nous voulons. Les contrats que nous avons signés vont nous assurer une belle vie, mais pour un joueur de hockey, le plus important est de gagner la coupe Stanley. Aucune somme d’argent ne peut remplacer ça », a expliqué Slafkovsky dans une entrevue accordée au média Naše Košice.
Et cette ambition n’est pas née dans le vide.
Elle a pris forme au printemps, au moment où le CH s’est retrouvé à deux victoires d’une participation à la finale de la Coupe Stanley.
« Nous voulions être à leur place »
L’élimination contre les Hurricanes de la Caroline a fait mal. Slafkovsky ne décrit pourtant pas un vestiaire démoralisé.
« Nous étions sainement en colère. »
Le terme est important.
Le Canadien venait de vivre sa première véritable longue expérience en séries. Pour plusieurs de ses jeunes joueurs, cette défaite représentait une découverte brutale de ce qu’il faut encore accomplir pour atteindre le sommet.
Slafkovsky raconte avoir vu les joueurs de la Caroline célébrer après leur victoire. Il a décrit le réaction collective comme relevant de l’envie.
« Quand nous les avons vus célébrer, nous voulions être à leur place. »
Voilà le souvenir que le Slovaque semble avoir ramené de cette élimination. Pas celui d’une équipe qui a échoué. Celui d’une équipe qui a compris ce qu’elle veut devenir.
La prochaine saison sera toutefois différente. Le Tricolore ne pourra plus compter sur l’effet de surprise.
« Nous savons que la saison prochaine, les équipes vont beaucoup plus faire attention à nous », reconnaît-il.
Slafkovsky veut maintenant décider des matchs
La saison 2025-2026 lui a permis de franchir un autre cap avec 85 points en 101 matchs, séries éliminatoires incluses.
Pourtant, Slafkovsky ne parle pas de son prochain objectif en termes de statistiques uniquement.
« J’aimerais marquer encore plus de buts, avoir plus de passes et jouer une finale », dit-il.
Puis il précise sa véritable ambition :
« Je veux prendre mes responsabilités, décider des matchs et être l’un des artisans du succès de l’équipe. »
Our Košice / Mário Medzihradský
C’est là que son évolution devient particulièrement intéressante.
Le premier choix du repêchage de 2022 ne veut plus simplement être un joueur important du Canadien. Il veut devenir l’un de ceux vers qui l’équipe se tourne lorsque tout se joue.
« En séries, c’est un hockey complètement différent », souligne-t-il.
Et Slafkovsky veut apprendre à y être encore meilleur.
Milan, huit points et une médaille qui s’est échappée
Avant de revenir à Montréal, Slafkovsky avait déjà vécu une autre expérience marquante : les Jeux olympiques de Milan.
Huit points., une place au sein de l’équipe d’étoiles du tournoi et des buts spectaculaires contre la Finlande et la Suède.
Le résultat collectif demeure toutefois plus difficile à digérer, puisque la Slovaquie a terminé quatrième.
« Avoir deux médailles olympiques consécutives aurait été une très belle chose », reconnaît-il.
Une autre occasion manquée qui s’ajoute à son apprentissage.
Pas au sommet de sa forme
Son retour dans la LNH après les Jeux a été tout sauf reposant.
Slafkovsky a quitté Milan après le tournoi pour prendre un vol de huit heures, avant d’enchaîner avec six autres heures vers Los Angeles afin de rejoindre le Canadien.
« Physiquement, je ne me sentais pas très bien lors des deux ou trois premiers matchs. »
Le décalage horaire était important. La fatigue aussi.
Pendant ce temps, la majorité des joueurs de la LNH avaient pu se reposer.
« À ce niveau, un joueur de hockey ne peut pas trouver d’excuses. Ça n’intéresse personne », lance-t-il.
Deux matchs plus tard, il avait retrouvé son rythme.
Et il a terminé la saison en force.
Après son bilan médical de fin de saison, Slafkovsky a reçu la confirmation qu’il était « à 100 % » physiquement.
Son été : golf et entraînement
Le contraste est saisissant.
Après une saison de 101 matchs, Slafkovsky est rentré à Košice pour retrouver une vie beaucoup plus tranquille.
« Je vis une vie normale et calme », raconte-t-il.
Famille, amis, golf, FIFA et quelques restaurants en ville.
Puis vient le moment de retourner travailler.
Pour une huitième année consécutive, son été passe entre les mains de son préparateur physique, Daniel Kičura.
Et le programme n’a rien de routinier.
« J’ai l’impression que la préparation devient plus difficile chaque année. »
Kičura change constamment les méthodes, ajoute des exercices et trouve de nouvelles façons de pousser son protégé.
Slafkovsky en sourit presque lorsqu’il raconte ne pas toujours comprendre d’où son entraîneur sort toutes ses nouvelles idées.
Leur relation dépasse pourtant largement la salle de musculation.
« Dano est une personne formidable. Nous sommes avant tout de très bons amis. Il m’aide dans beaucoup de choses, même en dehors du hockey. »
Suzuki, Caufield et Slafkovsky : pas de complaisance
Le premier trio montréalais a connu une saison historique.
Nick Suzuki : plus de 100 points.
Cole Caufield : 50 buts.
Slafkovsky : 30 buts.
Le Slovaque attribue une partie de cette réussite à une chose beaucoup moins mesurable : la confiance qui existe entre les trois joueurs.
« Nous sommes d’excellents amis en dehors de la glace. Au fil des années, nous avons appris à nous connaître parfaitement. »
Ils passent du temps ensemble, mangent ensemble et discutent beaucoup. Surtout, ils se disent les vraies choses.
« Nous sommes très honnêtes les uns envers les autres. Quand ça va bien, on se tape sur l’épaule. Mais on sait aussi se dire franchement quand on a besoin de plus de l’autre sur la glace. »
Pour Slafkovsky, cette franchise les fait progresser.
Et elle pourrait devenir précieuse lorsque les matchs prendront encore plus d’importance.
Caufield, Gallagher et les coulisses du vestiaire
Qui est le plus grand comique du vestiaire?
« Cole Caufield. »
Le Slovaque se fait lui-même régulièrement taquiner pour son accent anglais. Il participe toutefois volontiers aux blagues.
« Quand quelqu’un n’est pas dans son assiette, on se moque tout de suite de lui et on lui rend ça un peu plus agréable. »
Un vestiaire soudé, avec suffisamment de confiance pour se taquiner, semble être l’une des caractéristiques du groupe actuel. Il y aura toutefois une chaise vide la saison prochaine. Celle de Brendan Gallagher.
« Gally » était assis à un siège de Slafkovsky dans le vestiaire. Au début, il faisait des tours aux jeunes. Avec les années, ceux-ci ont appris à lui rendre la pareille.
Derrière les plaisanteries, il y avait surtout un mentor.
« Il m’a beaucoup aidé. Chaque fois que j’avais besoin de quelque chose, je pouvais lui demander. »
Puis Slafkovsky résume ce que représentait Gallagher à Montréal :
« Ce qu’il a donné à Montréal fait de lui une icône du club. »
Son départ laissera donc un vide humain autant que sportif.
Et la coupe Stanley à Košice?
La dernière question de l’entrevue était presque inévitable.
Quand les habitants de Košice peuvent-ils espérer voir Slafkovsky défiler avec la coupe Stanley sur la Hlavná ulica?
La réponse ne laisse aucune place au doute.
« J’espère le plus tôt possible, admet-il. Si ce n’est pas dans un an, que ce soit dans deux ou trois. J’aimerais surtout qu’on réussisse à la gagner et, idéalement, la gagner plusieurs fois. »
Avant cela, Slafkovsky sait qu’il reste une première étape à franchir. Il ne parle plus comme le jeune joueur qui devait simplement apprendre à gagner. Il parle comme celui qui veut terminer le travail.
Les bagues avant l’argent. La coupe avant les statistiques. Et Montréal avant Košice. Le message de Slafkovsky est aussi simple que révélateur : le Canadien a goûté au sommet.