Natation

Katerine Savard nage dans un monde qu’elle ne peut contrôler

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Katerine Savard, Instagram

Le 27 novembre est une date toute spéciale pour Katerine Savard. Pourtant, le premier anniversaire de cette date, l’ex-nageuse décorée dit ne pas l’avoir vu venir tellement elle est submergée par sa nouvelle vie.

Avec le recul, elle croit ne pas avoir fait d’introspection. Une année complète vient de passer depuis que la Québécoise, médaillée de bronze à Rio, a annoncé sa retraite du sport qu’elle a tant adoré et qui, selon ses dires, la définit encore.

«J’avais même pas réalisé que ça faisait un an!»

Un déménagement à Montréal, une classe de maternelle à temps plein et des projets plein la tête, Madame Savard patauge dans un univers auquel elle n’est pas tout à fait acclimatée encore.

«Je me laisse le temps pour décider ce que les prochaines années me réservent. Je suis arrivée à Montréal à la fin août. Le 23 août, une semaine plus tard, c’était le début des classes, a-t-elle raconté à La Page Sportive, attablée à son bureau de classe pendant que ses dauphins jouaient dehors.

«Mon temps est extrêmement bien rempli. Vraiment plus maintenant, car ma vie est totalement différente. Étant responsable d’une classe d’enfants et tous les défis du système scolaire, je suis rentrée dans le bain.»

Les défis de l’enseignement

Selon ses dires, l’ex-olympienne apprend un peu à la dure à exercer la carrière qu’elle rêvait mener. Les dessous du réseau public l’empêchent de l’aimer entièrement, même si elle adore travailler avec les enfants.

Les manques de ressources et les tâches connexes font parfois qu’elle se sent seule au relais, que les mouvements sont plus ardus pour atteindre le muret, surtout en eaux troubles.

«J’ai beaucoup de difficulté à m’imaginer faire ça toute ma vie. Je ne sais pas si je me vois faire de l’enseignement encore 30  ans. Ce n’est pas un monde facile. Ça ne dépend pas de nous. Les ressources manquent et ça entraîne beaucoup de défis.

«J’ai toujours été habituée à contrôler ma carrière, pas maintenant. Le système est dur sur les profs et les enfants aussi.

Savard croit que le sentiment est répandu dans plusieurs établissements. La paradoxe de fournir des outils aux élèves avec peu de ressources freine l’élan de plusieurs enseignants.

 «On aurait tellement besoin de plus, s’inquiète-t-elle. On a tellement une bonne équipe, mais elle a beaucoup de besoins. C’est difficile de répondre à tous les besoins.

«C’est difficile pour les enfants et les familles, et la direction ne peut pas répondre à tous les besoins. J’en vois dans toutes les écoles.»

Lorsque ses bouts-de-chou entrent dans la classe, ils l’entourent et la couvrent de câlins. Le sourire est instantané. Une remarque candide se répand : «Madame Katerine, vos cheveux!».

«Ah oui… j’ai oublié de les attacher!»

Année chargée

Savard n’a pas eu de perspective d’emploi à plein temps à Québec lorsqu’elle s’est consacrée à l’enseignement préscolaire. Elle a accepté un poste dans la métropole où elle a suivi son cœur, ses amitiés et d’autres possibilités.

«L’an passé, j’avais deux contrats comme suppléante. Là j’ai ma classe. C’est ma première année complète et c’est beaucoup de gestion, de planification. Je suis bien plus qu’une enseignante.

«Cette charge accapare tout mon temps. Je donne aussi de mon temps comme coach le soir. J’ai un horaire extrêmement chargé.»

Ce déménagement n’était pas sans son lot d’émotions, elle qui est originaire de Pont-Rouge.

«J’ai toujours été une fille émotionnelle, dans toutes les sphères de ma vie. C’est mon branle-bas de combat, les émotions. La dernière année et demie, je suis retournée avec ma famille et mes nièces, donc ça m’a fait un pincement. Je m’en ennuie. C’est juste trois heures, donc ça se fait bien.»

Près des piscines

Le peu de temps libre dont elle dispose, Savard trouve le moyen d’être impliquée et redonne au sport qui l’a rendue célèbre. Elle aide son ancien entraîneur Claude Saint-Jean à CAMU à encadrer de jeunes nageurs. Un autre volet d’enseignement qui pourrait possiblement préparer une autre carrière.

«Je pense que je suis faite pour être avec des plus jeunes. J’enseigne au primaire, je dirige des jeunes. J’ai une facilité avec eux et avec les ados. Ils utilisent plus mon expérience, affirme-t-elle.

«Avant j’étais plus une pédagogue et mon côté amoureuse de la natation fait que je partage ma passion. C’est un mandat différent.

Savard croit tout de même qu’œuvrer comme entraîneuse n’est pas une tâche facile, même dans l’ère moderne.

«Je ne ferme pas la porte à être coach, prévient-elle. Personne ne va cacher que les femmes dans le sport, du côté du ‘coaching’, ça peut être plus difficile. Quand t’entraînes, tu as une vie familiale, tu pars souvent… je ne sais pas si je peux l’envisager.»

Si elle est toujours connue et reconnue dans le milieu de la natation, le contraste est fort avec l’après-carrière : peu sont les parents ou enfants familiers avec ses exploits d’athlète à l’échelle internationale.

«Avant je vivais de cette passion. Ça m’a énormément identifié. J’ai l’impression que dans une classe, je ne suis pas une autre personne, mais je ne suis pas une nageuse. J’enseigne au préscolaire en maternelle. Les enfants n’ont aucune idée qui je suis, de ce que j’ai fait, confie-t-elle.

«Ils n’ont pas tous suivi les Jeux olympiques de 2020… mon parcours sportif a fait de moi qui je suis, c’est certain. La façon dont j’ai grandi dans le sport se reflète encore dans mon entraînement.»

Celle qui caresse encore des projets de cinéma avoue tout de même que cet autre milieu lui a offert une certaine notoriété.

«Ce dont les gens me parlent le plus souvent, ce n’est pas la même chose. Ma médaille olympique ou… Nadia Butterfly. Oui, quand même beaucoup !»

Cet article a été publié dans l’édition du 2 février de Rosemont.

KATERINE SAVARD EN BREF

A commencé à s’entraîner à 13 ans.

A fait sa première équipe nationale à 16 ans.

Premiers Jeux à 18 ans.

Première médaille internationale à 19 ans.

En 11 ans, 34 médailles remportées lors de compétitions internationales.

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