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REPORTAGE | Point d’orgue : Diane Bibaud, la maestro qui a persévéré

La célèbre organiste, perchée dans les hauteurs du Centre Bell, raconte son parcours inspirant qui l’a menée aux Canadiens de Montréal depuis presque 40 ans.

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Diane Bibaud est en quelque sorte l’âme du Centre Bell lors des matchs des Canadiens de Montréal. La contribution des DJs est indéniable, mais l’orgue maintient la tradition, garde celle-ci en vie, puis la transmet d’une génération à l’autre.

Rencontrée par La Page Sportive dans son magasin de Sainte-Catherine, en Montérégie, Mme Bibaud ne cache pas qu’elle a le trac. C’est soir de match et elle doit réciter Jump de Van Halen – emblème incontournable des patinoires de hockey depuis 1984.

Près de 40 ans de performances et toujours autant de répétitions.

«Les gens n’ont aucune idée du travail que je fais, confie-t-elle. Quand je sors de là, je perds 200 livres. C’est beaucoup de pression. Les gens disent ‘ah, t’es habituée !’. Le trac des artistes, je l’aurai toujours. Tant que je l’aurai, je vais jouer comme il faut.»

Partir pour mieux revenir

Qu’elle soit en quête de perfection ou non dans ses prestations, la persévérance est à l’avant-plan des caractéristiques qui définissent Mme Bibaud.

La même année qu’elle a inauguré sa boutique, en 1987, elle a réussi à décrocher le contrat d’organiste au Forum de Montréal. Non sans ruse.

Après avoir «étudié l’orgue» du Tricolore, l’ambitieuse musicienne a emprunté la carte d’accès de l’ex-joueur Yvon Lambert, qui dirigeait le club junior à Verdun, et elle a pu entrer dans le bureau de Serge Savard. 

Mme Bibaud a convaincu le directeur général de l’époque que Lambert la référait pour l’emploi. Elle travaillait en fait à l’entretien.

«J’ai appelé mon mari et je lui ai dit : ‘je m’en vais au Forum, au bureau de Serge Savard’, relate-t-elle. Il avait des problèmes avec l’organiste, qui amenait toujours du monde. Deux ou trois personnes. Un soir, il s’est fait dire ‘woah ! Tu ne joues pas ce soir’.»

En 1992, un changement de philosophie a fait que Mme Bibaud n’était plus maestro au Forum. Son cœur a éclaté en miettes.

«J’arrivais pour une pratique et le responsable du système de son m’a dit que je n’étais plus dans les plans. Il n’y avait pas eu de communication. Ç’a fait autant de peine qu’un divorce, confie-t-elle.»

Elle est revenue en 1997 pour encore prendre la porte cinq ans plus tard. Mais sa persévérance lui a servi. Elle s’imaginait un jour retrouver le boulot qui lui procure tant de bonheur. Elle n’a jamais dérogé du plan.

«J’allais souper en ville des soirs et je me disais ‘un jour, je vais revenir’. Je me suis concentrée là-dessus.»

Touchée par l’amour du public

Lorsque Geoff Molson, un homme qu’elle qualifie d’’extraordinaire’, lui a permis de reprendre son rôle d’organiste par l’entremise du directeur technique, Mme Bibaud a accepté sur-le-champ. Pas question d’envisager son départ non plus.

«Chaque fois que je le croise, je le remercie, informe-t-elle. Le DJ Vincent Aubry fait un travail extraordinaire. C’est lui qui transmet les consignes. Tout le monde dans l’organisation des Canadiens, ce sont des amours. Je n’ai pas autre chose à dire de que ça.»

Souvent, les gens arrêtent Mme Bibaud dans la rue ou dans les sphères du Centre Bell pour lui parler, prendre quelques autoportraits ou lui témoigner leur admiration.

Après tout, elle est l’une des figures les plus connues de l’organisation même si elle ne fait pas partie de l’effectif ou l’administration.

Et l’artiste veut plaire à son public. L’anxiété de performance ne disparaît pas, même avec près de 40 ans de métier.

«Je signe des casquettes en bas et les gens me reconnaissent grâce au tableau indicateur. Ils ne sont pas obligés de le faire, prévient-elle. Le marketing est complètement fou et ils réalisent que ça fonctionne.

«Ça me fait plaisir. C’est de l’amour pur et simple. Je suis contente de l’offrir au public. Même dans le garage, en sortant, ils me klaxonnent.»

Là pour rester

Mme Bibaud présente une observation marquante à ses yeux. Elle ne fait pas que «remplir les temps morts», comme elle l’indique; elle personnifie la cheffe d’orchestre des gradins jusqu’au niveau de la glace.

«Souvent, ils attendent que je joue la dernière note avant de mettre (la rondelle en jeu). Vous remarquerez ça. C’est comique.»

À bientôt 70 ans, Mme Bibaud souhaite «continuer le plus longtemps possible» avec les Canadiens. Elle a beau penser vendre sa boutique d’ici cinq ans, la place que prend le CH dans son cœur est plus forte que tous les décibels qu’entraîne un solo de guitare électrique.

«On me l’a demandé dernièrement : ‘si tu prends ta pension, nous laisses-tu?’. Non, je vais marcher à genoux ! Et on sait que les escaliers sur la passerelle sont difficiles!»

Après tout, il manque quelque chose à Mme Bibaud pour parler d’une ultime consécration.

«Les seules coupes que j’ai eues, ce sont des coupes de cheveux!»

Cet article est paru dans les éditions de Ahuntsic, Saint-Michel, Villeray-Parc-Extension et Rosemont du 2 février.

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