Pendant plusieurs années, chaque repêchage des Canadiens de Montréal était accompagné de la même question : quelle lacune l’organisation va-t-elle améliorer?
Jadis, le manque de centres lui était reproché. Puis, le manque de défenseurs droitiers. Ajoutez le manque de taille ou de talent offensif aux deux dernières décennies.
Peu importe l’année, le débat tournait presque toujours autour des besoins de l’équipe. À la veille du repêchage de 2026, la réalité est bien différente. Seule la règle du meilleur joueur disponible demeure.
Un noyau présent et futur
Pour la première fois depuis longtemps, les décideurs se présentent au premier tour de la séance sans devoir absolument cibler une position en particulier avec leur 28e sélection au total, qui pourrait aussi s’avérer une monnaie d’échange.
Cette situation en dit long sur l’évolution de l’organisation depuis l’arrivée de Kent Hughes et Jeff Gorton, en contraste avec les règnes précédents.
À l’attaque, le noyau est déjà bien établi : Nick Suzuki occupe le poste de premier centre. Cole Caufield est devenu l’un des marqueurs les plus dangereux de l’organisation. Juraj Slafkovsky poursuit son développement au sein du top 6. Puis Ivan Demidov, à un filet du plateau des 20 à sa saison recrue, représente des espoirs offensifs les plus prometteurs du hockey mondial.
Dans le système, Michael Hage demeure également un projet très intéressant au centre, pour ne pas dire le digne héritier pressenti pour pivoter la deuxième unité.
À la défense, le portrait est tout aussi encourageant.
Lane Hutson s’est rapidement imposé comme une pièce importante de l’avenir du club. Kaiden Guhle fait déjà partie des piliers de la brigade défensive. David Reinbacher poursuit sa progression et plusieurs autres jeunes défenseurs continuent de se développer au sein de l’organisation.
Devant le filet, Jacob Fowler est considéré comme l’un des meilleurs espoirs à sa position à l’extérieur de la LNH, devant un pipeline de jeunes gardiens de talent dans l’organisation.
Évidemment, aucune organisation ne possède trop de talent et le CH pourrait toujours bénéficier d’un autre centre, d’un autre marqueur ou d’un autre défenseur mobile. Il existe, certes, une différence importante entre vouloir améliorer une position et devoir combler un trou.
Montréal n’est plus dans l’obligation de sélectionner un joueur simplement parce qu’il évolue à une position précise.
C’est probablement l’un des changements les plus significatifs de la reconstruction et cette réalité marque un engouement fascinant en ce qui a trait à la façon dont le Tricolore abordera son choix du premier tour.
À cette position, les écarts entre les espoirs deviennent souvent plus minces. Les listes varient considérablement d’une équipe à l’autre et les recruteurs accordent parfois davantage d’importance à certaines qualités particulières qu’au consensus public.
La philosophie Hughes-Gorton
Dans un tel contexte, le meilleur choix n’est pas toujours celui qui répond à un besoin. C’est souvent celui qui possède le plus haut plafond.
L’historique récent du Canadien tend d’ailleurs à appuyer cette philosophie.
Lorsque l’organisation a sélectionné Ivan Demidov, ce n’était pas parce qu’elle manquait nécessairement d’ailiers. Lorsqu’elle a repêché David Reinbacher, plusieurs observateurs réclamaient plutôt un attaquant. Dans les deux cas, les dirigeants ont préféré faire confiance à leur évaluation.
Cette approche pourrait se répéter à Buffalo.
Qu’il s’agisse d’un attaquant, d’un défenseur ou même d’un gardien, le Canadien possède aujourd’hui le luxe de pouvoir miser sur le talent avant tout.
Et ce luxe n’est pas anodin.
Les meilleures organisations de la LNH sont souvent celles qui repêchent les meilleurs joueurs disponibles plutôt que celles qui tentent constamment de répondre à leurs besoins du moment.
Les besoins changent rapidement dans le hockey professionnel. Le talent, lui, conserve généralement sa valeur.
C’est pourquoi le véritable enjeu du repêchage 2026 n’est peut-être pas de savoir quel poste le Canadien doit prioriser. La question est plutôt de savoir quel joueur les recruteurs de Nick Bobrov considèrent comme le plus talentueux lorsque viendra le temps de parler au 28e rang.
Parce que pour la première fois depuis longtemps, Montréal pourrait avoir le luxe de simplement choisir le meilleur joueur disponible… ou liquider cette sélection pour dénicher un joueur d’impact capable de contribuer à la chimie extraordinaire que le Bleu-blanc-rouge a manifestée au cours des deux dernières campagnes.