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ENTREVUE | L’ancien du CH qui a forgé la confiance d’un jeune Dobes

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Lorsque Jakub Dobes a fait ses premiers balbutiements en Amérique du Nord, c’est un ancien défenseur des Canadiens de Montréal qui a découvert le jeune Tchèque.

Le gardien de 17 ans avait traversé l’Atlantique en 2017 pour se joindre aux Blues de St. Louis, dans le AAA.

Ex-choix de premier tour des Glorieux dans les années 1990, David Wilkie était alors l’entraîneur-chef des Lancers d’Omaha, dans l’USHL. Il voyait déjà un athlétisme et une maturité qui en faisait un projet au potentiel élevé.

«On a vu un grand gaillard, athlétique, rapide, avec une excellente dextérité. Souvent, les gardiens européens privilégient le blocage et ne sont pas très habiles avec leurs mains, surtout pour attraper les rondelles, a raconté à La Page Sportive l’ex-choix de premier tour du CH en 1992. Ce n’était jamais un problème avec lui. 

«On a épié un joueur qui couvrait toute la cage. Il avait quelques points fondamentaux à améliorer. Et on avait Akira Schmid comme gardien numéro un à ce moment-là. À l’époque, en USHL, on ne pouvait avoir qu’un seul gardien étranger. Cette règle a changé depuis. Sinon, on aurait eu Schmid et Dobes.» 

UNE PORTE S’EST OUVERTE

Schmid, qui appartient maintenant aux Golden Knights de Vegas, s’est blessé à une hanche et a été contraint à rater toute la saison. C’est alors que les Lancers ont misé sur l’intrigant joyau européen, qui gardait alors les buts dans une autre ligue, à Topeka.

«On l’a rappelé pour le reste de la saison. Et voici une anecdote amusante : on était en camp d’entraînement et on a disputé un match amical contre Topeka. Jakub était avec nous depuis le début du camp d’entraînement. Il a en quelque sorte changé de vestiaire, raconte Wilkie. On avait joué un match amical contre Topeka, ce qui est assez dingue : une équipe de l’USHL qui joue contre un club de la NAHL. 

«C’était serré. Il a fait 57 arrêts et ils nous ont battus 3-2. C’était une performance incroyable. Le propriétaire de notre équipe est arrivé furieux. Je lui ai dit ‘il y a eu 59 tirs au but contre 12 pour nous’. Que voulez-vous que je fasse ? C’est notre gardien!’ Je me disais que c’était de bon augure pour l’avenir.» 

En revanche, s’il a brillé face à son ancienne équipe, Dobes n’a pas multiplié les performances convaincantes à ses débuts à Omaha. La constance laissait à désirer.

«La USHL, c’est parfois une ligue difficile pour les gardiens, surtout pour s’adapter, a prévenu Wilkie, qui a patiné dans 91 matchs avec Montréal entre 1994 et 1998. Elle peut être très impitoyable. Je crois que c’est le meilleur moyen de le décrire. J’ai eu de la chance quand Akira s’est blessé, on a fait appel à Jakub pour nous remettre sur pied. Et puis Kyle McClellan, qui a remporté le trophée Mike Richter à Wisconsin, était son remplaçant. Il était excellent lui aussi en hockey junior. 

«À sa première année, il a traversé des moments difficiles. Il a eu des difficultés sur le plan psychologique. Ce n’était pas le mal du pays, parce qu’il était déjà dans le système de St. Louis depuis longtemps.»

Wilkie, qui dit avoir appris beaucoup au sujet des gardiens en épiant Patrick Roy avec le Tricolore, ne décelait pas chez Dobes un problème de conditionnement physique ou un manque de talent. L’enjeu se situait entre les oreilles de l’athlète.

«Vous savez, les problèmes de Jakub ont toujours été liés à sa confiance en lui, à sa résilience, et il devait se forger un mental d’acier. Il a traversé cette épreuve avec moi. On a eu beaucoup de conversations difficiles, des conversations que j’avais aussi eues avec mes propres enfants, pour leur dire : ‘ce que tu fais, ce n’est pas suffisant et tu dois faire beaucoup mieux’. 

«Je pense que c’est en grande partie pour ça qu’il a été repêché plus tard. Franchement, regardez où il en est maintenant. Jakub aurait probablement dû être sélectionné à la fin du premier tour ou au début de deuxième, mais il a chuté au cinquième tour parce qu’il a eu des difficultés.»

RETIRÉ DU FILET À RÉPÉTITION

Ces difficultés d’estime de soi ou de concentration que mentionne Wilkie ont pris de l’ampleur. Dobes a entamé plusieurs rencontres qu’il n’a pas terminées, puisque son instructeur en chef n’était pas satisfait de ses performances.

«Il y a eu une période, je ne sais plus exactement combien de fois – je dirais une dizaine de titularisations d’affilée – où je l’ai sorti de son filet chaque match. C’était ‘non, ce n’est pas assez bien. Non, ce n’est pas assez bien. Tu n’es pas au niveau mental où tu dois être’. J’ai dû le rassurer à plusieurs reprises. 

«Jakub et moi avons toujours entretenu une excellente relation, assure Wilkie. Nous restons en contact à ce jour. Bref, cette année-là, il a été repêché. Évidemment, je suis fier qu’il ait été repêché par Montréal. Avec le recul, il aurait probablement dû être repêché plus tôt. Et la deuxième année, il était tout simplement exceptionnel. Il était le meilleur gardien de l’USHL. Il aurait pu disputer plus de 50 matchs, mais c’était juste avant la pandémie.»

Après 21 départs en 2019-2020, Dobes a disputé 47 rencontres pour une fiche de 26-16-3. Aucun autre gardien des Lancers n’a obtenu le filet plus de huit fois. Les interventions de Wilkie ont porté leurs fruits, même s’il croit parfois avoir été «un peu trop dur avec lui».

«Il a été incroyable. C’est là qu’il a vraiment franchi un cap. Ensuite, il est allé à Ohio State et a fait ce qu’il a fait là-bas pendant ses années d’université. Je l’ai suivi de près. Quand Jakub est en forme, ça se voit : ses fondamentaux sont bons, il est agressif, il est concentré.

Franchement, je pense qu’il est en train de s’imposer comme l’un des meilleurs gardiens de la ligue. Ça ne me surprend pas du tout. Je sais que ça peut surprendre. Je le vois jouer depuis ses 17 ans.» 

DÉCOUVERT PAR LE CH

C’est aussi un ancien de l’organisation des Canadiens qui a eu vent du potentiel de Dobes. C’est ironiquement pendant que le jeune homme éprouvait des problèmes de confiance qu’un recruteur s’est rendu au Nebraska le voir à l’œuvre.

«J’ai passé beaucoup de temps avec Vincent Riendeau au fil des ans, et je pense qu’il a un excellent œil pour ça, a informé Wilkie. C’était vraiment lui le pilier. Il était toujours là, aux entraînements comme aux matchs.»

Dobes a persévéré, mais le niveau d’émotion de la recrue masquée a souvent retenu l’attention. Autant, sinon davantage que certaines performances. Le meilleur exemple est celui du New Jersey, le 6 novembre.

Il a repoussé 24 des 28 tirs des Devils à sa première défaite de la saison. Sa fiche immaculée est alors passée à 6-0-1.

«C’est tout à fait lui, a lancé Wilkie, qui a aussi porté les couleurs du Lightning de Tampa Bay. Ça ne m’a pas surpris. Et mon message à Jakub est toujours le même : on ne peut contrôler que ce qu’on peut contrôler. Il faut être mentalement fort.

«Il faut s’assurer que les fondamentaux sont biens pour donner à l’équipe une chance de gagner le match, et c’est ce que tu as fait. Je pense donc que tu as été trop dur envers toi-même dans ce cas précis, et devant tout le monde. Mais c’est sa nature. Il est brut. 

«Comme l’anglais n’est pas sa langue maternelle, il arrive que ce qu’il essaie de faire comprendre soit un peu mal interprété. Mais j’ai toujours apprécié sa franchise, sa sincérité, sa volonté d’assumer ses responsabilités. Même lorsqu’il a eu des difficultés avec moi lors de sa première année, il disait ‘je dois faire mieux. Ce n’est pas suffisant. Ce n’est pas le niveau que je vise’. 

«En tant qu’entraîneur, c’est tout ce qu’on peut demander.»

Cet article a été publié dans l’édition de Rosemont du 19 mai 2026.

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